La phrase allemande

 

La structure de la phrase allemande


La connaissance des bases de la syntaxe allemande est indispensable à la compréhension de l’allemand freudien, la place des mots et leur accentuation indiquant leur importance.
 
 Nous allons considérer, après la règle générale (I) :
 
 II La place du verbe
 III Le premier élément de l’énoncé et l’accent de la phrase
 IV Le groupe qualificatif
 

I Règle générale  
 
 L’allemand énonce d'abord ce qui est connu, ce qui a moins d'importance, pour faire progresser l'information vers l'essentiel. Les éléments considérés comme plus importants seront donc accentués et placés après les autres, à droite de l'énoncé. Le français a une construction plus souple :
 
Die Verdrängung bleibt im Reiche des Phantasierens allmächtig.
 " Le refoulement reste tout-puissant dans le royaume du fantasme."
 
 1 L'ajout de la particule es, dite explétive, permet de déplacer vers la fin l'élément voulu :
 
Es kommen natürlich andere Elemente der Wunschvorstellung hinzu.
 "Bien entendu, d’autres éléments du désir fantasmé viennent s’y ajouter."
 
 2 Si la phrase est constituée de plusieurs propositions, la plus importante sera à la fin. L'élément accentué de cette dernière proposition portera l'accent de toute la phrase, donc l’accent principal, chaque proposition précédente portant au moins un accent secondaire.  

 Le concept de proposition principale ou subordonnée ne se réfère donc pas à l'importance de l'une ou de l'autre, mais au simple fait grammatical que la subordonnée a besoin d'une principale pour exister. La phrase française peut suivre ou non la construction allemande :
 
Wie das Lust-Ich nichts anderes kann als wünschen, nach Lustgewinn arbeiten und der Unlust ausweichen, so braucht das Real-Ich nichts anderes zu tun als nach Nutzen zu streben und sich gegen Schaden zu sichern.
 
 "De même que le Moi soumis au plaisir ne peut rien faire d’autre que désirer, travailler à obtenir du plaisir et éviter le déplaisir, de même le Moi soumis à la réalité n’a rien d’autre à faire que s’efforcer d’obtenir un profit et de se protéger contre un dommage éventuel."
 
II La place du verbe  
 
1 La place du verbe dans la proposition indépendante
 
 Le verbe ou l’élément conjugué de celui-ci se place en seconde position ; l’infinitif (dans l’expression du futur) ou le participe passé sont placés à la fin, de même que tout élément rattaché directement au verbe dans ce qu’on appelle un groupe verbal :
 
Die Ichidealbildung wird oft zum Schaden des Verständnisses mit der Triebsublimierung verwechselt.
 "La formation de l’idéal du moi est souvent confondue avec la sublimation de la pulsion, ce qui nuit à sa compréhension."

   2 La place du verbe dans la subordonnée
 
 1. le verbe est le plus souvent à la dernière place. Toutefois, pour des raisons de clarté ou de style, d’autres éléments peuvent parfois conclure la subordonnée :
 
Die Biologie lehrt, daß die Sexualität nicht gleichzustellen ist den anderen Funktionen des Individuums…
 "La biologie nous enseigne que la sexualité doit être différenciée des autres fonctions de l’individu…"
 
 2. Le verbe occupe la deuxième place lorsque dass est supprimé :
 
 Ich meine wirklich, der Gegensatz von Bewußt und Unbewußt hat auf den Trieb keine Anwendung.
 "Je pense vraiment que l’opposition conscient - inconscient ne peut être appliquée à la pulsion."
 
 3. Le verbe est en première position quand la conjonction wenn ou ob dans als ob est supprimée ; le verbe de la principale est alors souvent précédé de l'anaphorique dann ou so :
 
Würde es ihnen Unlust bereiten, dann / so würden sie es unterlassen.
 "Si cela leur causait du déplaisir, ils cesseraient de le faire."
 
Freud tat, als hätte er den Einwand von Jung nicht gehört.
 "Freud fit semblant de na pas avoir entendu l’objection de Jung."
 
 4. Le verbe est aussi en première position dans la locution idiomatique : verbe sujet doch, qui constitue de fait une subordonnée explicative du type weil/da… :
 
Er antwortete nicht, wusste er doch, dass sie seinen Standpunkt nicht teilten. (= weil/da er wusste, dass…)
 "Il ne répondit pas, vu qu’il savait qu’ils ne partageaient pas son point de vue."
 
3 La place du verbe dans la proposition principale
 
 1. Le verbe est à la seconde place en tête de proposition, et en première position quand une subordonnée précède la principale. Le verbe est également en deuxième position quand il suit une subordonnée concessive introduite par wie … auch (immer), so … auch, wer … auch, was … auch, wann … auch, wo … auch.
 L'allemand souligne ainsi que l'information exprimée dans la principale ne dépend pas des éléments indiqués dans la subordonnée :
 
 Wie dem auch sei, es hat doch schließlich eine Übertragung stattgefunden.
 "Quoi qu’il en soit, un transfert a tout de même fini par se produire."  
 
 2. Le verbe de la principale peut être en tête de toute la phrase quand le locuteur émet une hypothèse, une exhortation, une proposition :
 
Halten wir uns lieber an die klinische Erfahrung, wie sie uns in der psychoanalytischen Praxis entgegentritt.
 "Tenons-nous en plutôt à l’expérience clinique, telle que nous la rencontrons dans la pratique psychanalytique."
 
III Le premier élément de l'énoncé et l’accent de la phrase
 
1 L’élément de moindre importance
 
 La proposition commence le plus souvent par le sujet ou un élément de moindre importance, ou encore qui permet de repousser vers la droite des mots plus importants ; il peut appartenir à n'importe quelle catégorie grammaticale et ne porte pas d'accent :
 
Die verdrängte Vorstellung bleibt im Ubw aktionsfähig.
 "La représentation refoulée garde dans l’ics sa capacité d’agir."
 
In der psychonanalytischen Kur erbringen wir den unanfechtbaren Beweis für die Existenz der zweiten Zensur, der zwischen den Systemen Vbw und Bw.
 
 "Dans la cure psychanalytique, nous apportons la preuve irréfutable de l’existence de la seconde censure, celle qui se situe entre les systèmes du pcs et du cs."
 
2 L’élément non négligeable
 
 La règle générale connaît des exceptions. Le locuteur peut placer aussi en tête d'énoncé un élément (ou tout un bloc d’éléments) non négligeable, déjà connu ou logique dans le contexte évoqué ; cet élément (souligné ici) est à la fois mis en valeur et reste à la seconde place :
 
Einen dritten Zugang zum Studium des Narzismus gestattet das Liebesleben des Menschen in seiner verschiedenartigen Differenzierung bei Mann und Weib.
 
 "La vie amoureuse de l’être humain, dans ses diverses variations chez l’homme et la femme, nous ouvre une troisième voie d’accès au narcissisme".
 
Durch den Prozeß der Verschiebung kann eine Vorstellung den ganzen Betrag ihrer Besetzung an eine andere abgeben…
"Par le mécanisme du déplacement, une représentation peut céder à une autre toute sa quantité d’énergie libidinale…"
 
3 L’élément primordial de la proposition
 
 Il peut arriver aussi que le ou les éléments placés en tête de l'énoncé portent l'information principale (soulignés ici) et donc l'accent de phrase, d'autres mots pouvant avoir un accent secondaire.  
 Ce ou ces éléments est/sont très souvent mis en valeur par un adjectif ou un adverbe, et, prononcés consciemment ou pas, suivis d’une légère pause ; la construction française peut parfois permettre de les  
 souligner :
 
Allein die psychoanalytische Kur ist auf die Beeinflusssung des Ubw vom Bw her gebaut und zeigt jedenfalls, dass solche, wiewohl mühsam, nicht unmöglich ist.
 
"Seule la cure psychanalytique est construite à partir du cs pour avoir une influence sur l’ics et montre en tout cas qu’une telle influence, bien que laborieuse, n’est pas impossible."
 
Diesem Idealich gilt nun die Selbstliebe, welche in der Kindheit das wirkliche Ich genoß.
"C’est à cet idéal du moi que va à présent l’amour que se porte le sujet, amour dont jouissait dans l’enfance le moi lui-même."
 
 ** On constate le rôle très important de l’accentuation, sans doute plus qu’en français, rôle évident quand la phrase est prononcée, et souterrain mais bien réel quand elle est seulement lue. Certains jeux de mots reposent d’ailleurs uniquement sur l’accent de l’énoncé ; ainsi, la phrase suivante peut avoir deux sens (accent souligné) :
 
Das macht natürlich schlank! = "Cela rend mince, bien sûr !"
Das macht natürlich schlank! = "Cela rend mince de façon naturelle !"
 
IV Le groupe qualificatif
 
 On entend par là un ou plusieurs substantifs enrichis par des éléments épithètes, donc placés devant ces substantifs et qui peuvent être : 1) des adjectifs ; 2) des participes passés ; 3) des participes présents. Ces éléments sont souvent eux-mêmes complétés par d’autres mots, ce qui donne à ces groupes nominaux, qui sont très fréquents, une apparence parfois compacte.
 
1 Le groupe qualificatif avec un adjectif épithète
 
 L’adjectif peut lui-même être complété par un autre élément, par exemple un adverbe :
 
Da das Studium des Triebslebens vom Bewußtsein her kaum übersteigbare Schwierigkeiten bietet, bleibt die psychoanalytische Erforschung der Seelenstörungen die Hauptquelle unserer Kenntnis.
 
 "Étant donné que l’étude de la vie pulsionnelle à partir de la conscience présente des difficultés presque infranchissables, l’exploration psychanalytique des dysfonctionnements psychiques reste la source principale de notre connaissance."
 
2 Le groupe qualificatif avec un participe passé
 
 Là aussi, Freud construit souvent autour du participe passé une véritable mini-phrase qu’il faut décomposer :
 
Sie (die Träume der Unfallsneurotiker) gehorchen vielmehr dem Wiederholungszwang, der in der Analyse allerdings durch den von der „Suggestion” geförderten Wunsch, das Vergessene und Verdrängte heraufzubeschwören, unterstützt wird.
 
 "Ils (les rêves des traumatisés psychiques) obéissent plutôt à la compulsion de répétition, qui est certes soutenue dans l’analyse par le désir de faire revenir ce qui a été oublié et refoulé, désir favorisé par la « suggestion »."
 
3 Le groupe qualificatif avec un participe présent
 
 Ce type de groupe nominal est très fréquent chez Freud ; en voici deux exemples typiques :
 
Die Psychoanalyse hat uns bisher nur über die Sexualtriebe einigermaßen befriedigende Auskünfte bringen können.
 "La psychanalyse n’a pu nous apporter jusqu’ici des informations relativement satisfaisantes que sur les pulsions sexuelles."
 
Die Phänomene der Übertragung stehen offenkundig im Dienste des Widerstandes von seiten des auf der Verdrängung beharrenden Ichs.
 
 "Les phénomènes de transfert sont manifestement au service de la résistance provenant du moi qui s’obstine dans le refoulement."
 

 



 
 
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