Lexique des concepts freudiens (2)

 
die Vorstellungsrepräsentanz des Triebes / der Triebregung
le substitut / la manifestation de la pulsion sous forme de représentation 
la représentation en tant que traduction de la manifestation pulsionnelle 
Les termes freudiens de Vorstellung et de Repräsentanz demandent une explication détaillée. 

 Vorstellung veut dire en allemand courant l'idée que l'on se fait de qch, la représentation que l'on en a ; cela relève de la conscience. Ce terme apparaît souvent chez le philosophe et psychologue Franz Brentano, dont Freud a suivi les cours. 

  La Vorstellung au sens freudien restreint, appliqué à la pulsion, est ce par quoi cette pulsion se manifeste, ce qui est son émanation, une entité psychique, mais qui ne parvient pas à la conscience ; étant refoulée une première fois, cette entité psychique créée par la pulsion et exprimant l'existence de celle-ci cherchera à se manifester d'une autre façon. Ce peut être une image, un son, une scène, un désir ; Par exemple, le désir incestueux envers le père est la Vorstellung de la pulsion.  

Comment traduire ce terme ? Les traducteurs de Freud ont tous adopté le terme de représentation, sans doute parce que c'est la traduction courante du dictionnaire, même si une représentation, d'ordinaire consciente, est ici inconsciente, et parce que ce contenu émanant de la pulsion devient souvent une image, une scène, quelque chose qui est représenté dans le rêve ou des formations de substitution. 

  Mais la représentation de la pulsion peut être accompagnée d'une charge émotionnelle, une quantité d'énergie psychique, ce que Freud appelle un quantum d'affect (der Affektbetrag), qui est souvent de l'angoisse. Ou bien l'affect, l'émotion peut apparaître seul(e) ; or, cela est aussi issu de la pulsion. 

  Comment indiquer dès lors la simple manifestation d'une pulsion sans indiquer la forme qu'elle prend (image, image avec charge émotionnelle, affect seul) ? Freud résout le problème en introduisant le terme de Repräsentanz, surtout présent dans le composé Triebrepräsentanz, que l'on peut traduire par le représentant / la représentation / l'émanation / la manifestation de la pulsion. Le substantif Repräsentanz, inconnu de l'allemand standard, a dû apparaître comme possible à Freud du fait de la fréquence du verbe repräsentieren, représenter, dont l'avantage réside dans le fait que le sujet peut être un objet ou un être humain.  

  Et quand Freud veut préciser que le contenu de cette Repräsentanz, cette émanation, ce substitut de la pulsion, est une représentation, il forme un mot composé : Vorstellungsrepräsentanz, qui signifie donc "la manifestation de la pulsion sous forme de représentation".  

  On voit donc que, malgré les apparences, le rapport entre Vorstellung et Repräsentanz n'est pas le même que le lien unissant Trieb et Repräsentanz dans Triebrepräsentanz — en français, aussi, le rapport entre les mots pâté de soldat et pâté de campagne est différent — ; il n'est pas question ici de "représentation de représentation" ou de "représentant de la représentation" et encore moins de "représentant-représentation", (qui n'est même pas français), traductions hélas assez répandues, faute de vraiment comprendre l'allemand ; Freud est parfois complexe, mais jamais ésotérique ni abscons. 

  Citons une phrase qui permet de bien comprendre ce mot composé ; dans Die Verdrängung, (le refoulement, 1915) Freud écrit : 

  Wir haben also Grund, eine Urverdrängung anzunehmen, eine erste Phase der Verdrängung, die darin besteht, das der psychischen (Vorstellungs-) Repräsentanz des Triebes die Übernahme ins Bewußte versagt wird.  

  Traduction : "Nous avons donc lieu de supposer un refoulement originel, une première phase du refoulement, qui consiste à ce que le substitut psychique de la pulsion (sous forme de représentation) ne soit pas autorisé à passer dans le conscient."

Et dans das Unbewußte (L'inconscient) datant aussi de 1915, Freud écrit, pour expliciter l'expression unbewusste Triebregung (manifestation pulsionnelle inconsciente) : 

  Wir können nichts anderes meinen als eine Triebregung, deren Vorstellungsrepräsentanz unbewußt ist, denn etwas anderes kommt nicht in Betracht.  

  Traduction : "Nous ne pouvons avoir rien d'autre à l'esprit que la manifestation d'une pulsion / qu'une manifestation pulsionnelle dont la traduction sous forme de représentation est inconsciente, car il ne peut être question d'autre chose. " 

 die Zielvorstellung
la représentation ciblée 

  Zielvorstellung peut signifier but envisagé, représentation d'un but à atteindre ou représentation sous-tendue / provoquée par un but à atteindre, représentation ciblée ; chez Freud (Die Verdrängung, 1915 Le refoulement), ce second sens s'impose. On peut donc traduire par : représentation ciblée, sachant que dans un contexte moins clair on pourra développer en disant sous-tendue par le but à atteindre.  

  On se rappellera que par représentation Freud entend une image, une idée, voire un mot ou un jeu de mots, que l'inconscient de l'analysé choisit ici précisément parce qu'il s'obstine à vouloir faire passer un message, ce qui constitue le but à atteindre.  

 Laplanche-Pontalis traduisent par représentation-but, et ajoutent "en traduisant par "représentation-but" et non par "représentation de but", nous pensons être fidèles à l'esprit de Freud". Nous avons du mal à les suivre dans ce raisonnement. 
 die Sachvorstellung ; die Wortvorstellung
la représentation figurative / non-verbale ; la représentation verbale 

  Freud traite longuement dans le chapitre VII de Das Unbewußte (L'inconscient), qu'il a intitulé l'identification de l'inconscient (Die Agnoszierung des Unbewußten), des représentations figuratives ou non-verbales d'une part, et des représentations verbales d'autre part, appliquées au cas particulier des schizophrènes. 

  Ces représentations sont des contenus psychiques, des idées, des formations substitutives, qui se présentent essentiellement sous forme d'images chez le névrosé obsessionnnel et sous forme de mots, voire avec des jeux de mots, chez le schizophrène, dit Freud, qui remarque "qu'à l'occasion, le travail du rêve traite les mots comme les choses et crée alors des discours très semblables à ceux des schizophrènes" (gelegentlich behandelt die Traumarbeit die Worte wie die Dinge und schafft sehr ähnliche "schizophrene" Reden)

  Mis à part le cas des schizophrènes, Freud souligne que seule la représentation figurative est inconsciente, la formulation, la représentation verbale signalant précisément l'accession du contenu inconscient à la préconscience. Mais il le dit lui-même, les choses sont moins simples, puisque le rêve fait lui aussi des "jeux de mots" qui ne quittent pas le domaine de l'inconscient. Le Vocabulaire traduit par "représentation de chose, représentation de mot 

die Durcharbeitung / das Durcharbeiten (der Widerstände)
le désamorçage (des résistances) 


  Freud entend par le verbe durch/arbeiten et l'infinitif substantivé das Durcharbeiten ou le substantif die Durcharbeitung le travail (arbeiten) psychique qui est effectué le patient et qui lui permet de vaincre (particule durch séparable) la résistance en l'appréhendant enfin comme telle.  

  Freud écrit à la fin de Erinnern, Wiederholen, Durcharbeiten (remémoration, répétition, désamorçage des résistances) : 

Dieses Durcharbeiten der Widerstände mag in der Praxis zu einer beschwerlichen Aufgabe für den Analysierten und zu einer Geduldprobe für den Arzt werden…"  
  Traduction : "En pratique, ce désamorçage des résistances peut fort bien devenir une tâche pénible pour l'analysé et une épreuve de patience pour le médecin…" 

  Le "Vocabulaire" a rendu cette expression fort difficile à traduire par le néologisme perlaboration, ce qui est astucieux, mais a l'inconvénient de tous les néologismes : de longues explications sont nécessaires pour qu'ils soient compris.  

 die Realitätsprüfung
la confrontation avec le réel / la réalité 

Freud explique que le névrosé refuse de se confronter à la réalité parce qu'elle est inacceptable pour lui ; le principe du plaisir empêche alors de déboucher sur le principe de réalité. Rendre ce concept par "l'épreuve de réalité" est la traduction ici fautive du mot Prüfung, qui a effectivement plusieurs sens.  

 die Ichlibido ; die Objektlibido
la libido fixée sur le moi ; la libido investie dans l'objet 

 Freud nous dit que le sujet peut fixer son énergie psychique ou libido sur lui-même, ou bien l'investir dans un objet extérieur, auquel cas il y a déplacement d'énergie psychique.  

Il écrit : Die Verliebtheit besteht in einem Überströmen der Ichlibido auf das Objekt. 

  Traduction : "Devenir amoureux consiste à faire passer sur l'objet un flux de libido fixée sur le moi." Traduire par Libido du moi, libido d'objet revient à décalquer maladroitement l'allemand. 

 die Triebschicksale (pl.)
les mutations des pulsions 

 Ce terme se trouve déjà dans le titre de l'écrit freudien de 1915 intitulé Triebe und Triebschicksale. Le terme de Schicksal, Schicksale au pluriel, correspond au français destin ; mais Freud l'emploie manifestement dans un contexte nouveau, où le mot destin est une métaphore, ce qui nous conduit à rendre Triebschicksale par "les mutations des pulsions". Il s'agit des évolutions que les pulsions peuvent connaître.  

 Freud précise quelles sont ces mutations :

a) l'inversion de l'orientation pulsionnelle (die Verkehrung ins Gegenteil) ;
b) le retournement contre le sujet (die Wendung gegen die eigene Person) ;
c) le refoulement (die Verdrängung) ;
d) la sublimation (die Sublimierung).



 
 
 



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